Chez nous c'est Sarkozy, trop longtemps décrié pour son programme de privatisation qui tente aujourd'hui la réconciliation avec les partis gauchistes en conjuguant audacieusement écologie et réforme du travail. Saviez-vous que deux choses apparemment aussi différentes que le recyclage et la création d'emplois étaient compatibles ? Notre bon roi nous prouve que oui !
Tout le monde connaît le principe du recyclage : récupérer des produits usagés, vieillis, inutilisables pour en faire un produit neuf d'utilité publique. Largement répandu de nos jours, on use par exemple de ce système pour transformer les déchets d'abattoirs en une nourriture saine pour animaux.
Offrir un emploi à tous en revanche n'est malheureusement pas aussi simple quand les polonais, les chinois ou les portugais les ont déjà. En attendant que des machines puissent remplacer les hommes il fallait trouver une solution à la crise du chômage qui sème dans nos rues des hordes de SDT (sans-domicile du tout).
Contournant habillement la difficulté, notre président a ainsi improposé une solution intéressante appliquant le principe du recyclage à l'emploi. C'est ainsi qu'à la suppression de 57% des postes d'enseignants répondent des milliers de places à pourvoir au sein de la police. Des résultats somme toute encourageants malgré la perte : l'efficacité privilégiée sur la quantité c'est ce que l'on appelle le raffinement.
Un concept que notre président a bien compris puisqu'il aurait affirmé : « l'enseignement ça ne sert à rien ». La Princesse de Clèves par exemple, serait en effet selon lui le parfait exemple d'un système scolaire qui s'enlise dans des études superflues d'½uvres trop détachées des réalités du monde économique. La compréhension stimulante des marchés ne vaudrait-elle pas mieux que les mortifères élucubrations des poètes ? s'interroge Xavier Darcos. Et c'est un fait, les statistiques montrent qu'aujourd'hui deux enseignants sur quatre sont dépendants du RMI contre un directeur de GE sur dix mille.
L'objectif des dernières réformes visent ainsi à créer de la concurrence entre les facultés afin que soit favorisées les filières du droit et de l'économie plus porteuses que les filières artistiques aujourd'hui saturées et que les étudiants avouent la plupart du temps suivre par commodité. Choix d'ailleurs problématique pour l'état qui voit dans l'enseignement de l'histoire, de la psychologie ou de littérature une dangereuse subversion. En développant l'esprit critique et en enflammant l'imagination des jeunes on les incite à juger le système, à repousser le matérialisme voir à se syndiquer, ce qui conduit presque inexorablement à l'anarchie ou au terrorisme, met en garde le sociologue Philippe Valmon dans son ouvrage Aristote ou l'assassin de Platon.
Dès lors, on comprend l'intelligence du programme Sarkozien : engendrer un cercle vertueux à l'image du logo recyclage. La réduction du nombre d'enseignants parallèlement à une augmentation des forces de l'ordre permettrait une baisse de la délinquance conjuguée à une hausse des moyens répressifs. Une mesure qui concilie les intérêts de chacun puisque les professeurs licenciés trouveront au sein des CRS un bon moyen de passer leur amertume en maîtrisant leurs anciens élèves et les étudiants ayant raté leur concours un emploi utile et assuré dans la police municipale.
Pour Brice Hortefeux, il est temps qu'entreprises et universités marchent main dans la main. Par une meilleure orientation des cours et un élagage des matières au programme on permet à l'étudiant de se trouver une place au sein de la société et d'accéder plus rapidement au monde du travail. Quant à l'entreprise, celle-ci n'aura plus à passer par les agences d'interim et trouvera du personnel sur mesure formé en amont. Le but : redonner courage aux entrepreneurs, confiance aux actionnaires et par un appauvrissement de l'éducation leur assurer une main d'½uvre ovine contrôlée d'origine française. Que les étudiants ne s'inquiètent pas rassure-t-il, la recrudescence des créations d'entreprises que nous espérons fournira de nombreuses offres de CDI qui sont tout à la fois un bon moyen de subvenir aux frais de scolarité et des expériences aussi enrichissantes que bien vues sur un CV.
A l'image de son drapeau la France aime les triptyques, après le clergé-noblesse-tiers état, le travail-famille-patrie, le liberté-égalité-fraternité, Sarkozy inaugure aujourd'hui le flic-ouvrier-investisseur car tout le monde le sait, la matraque corrige plus sûrement qu'une leçon et l'argent enrichit plus que la culture. Moins d'éducation, plus de production et plus de répression, c'est cela que l'on appelle une nation policée.



